Grâce au protocole MCP, les assistants comme ChatGPT ou Claude peuvent désormais dialoguer avec Home Assistant et prendre le contrôle de nos objets connectés. J’ai tenté l’expérience chez moi pour savoir si l’intelligence artificielle pouvait vraiment simplifier la domotique, avec quelques surprises à la clé.

©Clubic x IA
©Clubic x IA

Ma maison commence à ressembler à un petit catalogue de la domotique. Entre les ampoules Philips Hue et WiZ, les chauffages Dreo, les prises connectées, l’aspirateur robot et les différents capteurs, tout ce petit monde cohabite dans Home Assistant. Cette plateforme open source me permet de centraliser les équipements de différentes marques, sans avoir à passer d’une application à l'autre.

C'est pratique, mais Home Assistant peut aussi se transformer en une belle usine à gaz. Il faut parfois fouiller dans les paramètres pour créer une automatisation ou retrouver le réglage dont on a besoin. Alors, quand j’ai découvert qu’il était possible de connecter une intelligence artificielle à mon installation, je me suis demandé si elle pouvait me simplifier la vie.

Depuis sa mise à jour 2026.10, dont nous avions présenté les nouveautés sur Clubic, Home Assistant facilite la connexion d’assistants comme ChatGPT ou Claude grâce au protocole MCP. Celui-ci permet à une IA d’utiliser les outils d’autres services, sans avoir besoin de tout réinventer.

Pour mon expérience, j'ai choisi Claude, l’assistant d’Anthropic, qui accepte les connecteurs MCP personnalisés, y compris sur son offre gratuite. Voyons ce que cela donne dans une vraie maison.

Connecter une IA à Home Assistant : quelques clics et quelques pièges

Mon installation repose sur Home Assistant et un abonnement Home Assistant Cloud, proposé par Nabu Casa. Il s’agit du service payant et facultatif qui permet notamment d’accéder à sa maison depuis Internet, sans avoir à modifier les réglages de sa box. Il fournit une adresse sécurisée, bien pratique ici puisque Claude doit pouvoir contacter mon installation depuis l'extérieur.

Pour établir la connexion, direction les paramètres de Home Assistant, rubrique Système > IA, afin d’activer le serveur MCP et récupérer son adresse. Du côté de Claude, il suffit d’ajouter un connecteur personnalisé, de renseigner cette adresse et d’autoriser l’accès à Home Assistant.

Il faut entrer la bonne adresse pour créer la connexion, avec une connexion cloud active obligatoire ©Mathieu Grumiaux

Sur le papier, l’opération prend quelques minutes. Dans la pratique, j’ai rencontré quelques difficultés.

Première tentative avec l’adresse locale de mon installation. Échec : Claude ne peut pas accéder directement à mon réseau domestique. Avec l'adresse HTTPS fournie par Nabu Casa, l’authentification fonctionne, mais l’assistant indique toujours qu’aucun serveur MCP n’est disponible.

La solution a finalement été d’utiliser l'adresse se terminant par /api/mcp/assist, qui donne accès aux fonctions de l'assistant intégré à Home Assistant. Le serveur MCP officiel propose plusieurs interfaces, avec des possibilités différentes. Pour cette expérience, j'ai choisi celle d’Assist, la plus simple à mettre en place pour un utilisateur néophyte.

Connexion réussie ! Enfin, presque. Lorsque je demande à Claude quels équipements sont disponibles, il ne trouve rien. Il manque une dernière manipulation : dans Paramètres > Assistants vocaux > Exposer, il faut sélectionner les appareils auxquels l’IA aura accès.

Le MCP connecte Claude à Assist, l'assistant...de Home Assistant ©Mathieu Grumiaux
Les entités correspondant aux produits et aux actions doivent être activés manuellement dans Home Assistant ©Mathieu Grumiaux

Pour commencer, trois lampes de mon bureau feront parfaitement l’affaire. Quelques instants plus tard, Claude les identifie correctement et peut consulter leur état. On peut enfin s’amuser.

Claude allume les lumières, mais ignore parfois ses propres capacités

Premier essai, tout bête : demander à Claude d’éteindre les lumières du bureau. L’assistant retrouve les trois équipements concernés et envoie les commandes correspondantes. Même chose pour les rallumer, sans avoir à préciser le nom de chaque lampe.

C'est fluide, agréable, mais soyons sérieux : Home Assistant Assist, Alexa ou encore Siri savent déjà faire exactement la même chose. Nous n’avons pas attendu l’intelligence artificielle générative pour éteindre trois ampoules simultanément.

Je poursuis avec une demande légèrement plus complexe : régler toutes les lumières à 20 % de luminosité. Et là, surprise, Claude m’explique qu’il ne dispose que des commandes d’allumage et d’extinction. Il me propose même de créer une scène dans Home Assistant pour contourner cette limitation.

Sauf que Claude raconte des bêtises.

Il faut parfois forcer pour que l'IA accepte de faire ce qu'on lui demande ©Mathieu Grumiaux

L’outil permettant de régler la luminosité existe bel et bien, mais n’avait pas été chargé dans sa session. Une fois cette erreur corrigée, l’assistant parvient à régler les lampes à 20 %, puis à 70 %, sans difficulté. Il prend même soin de vérifier les valeurs renvoyées par Home Assistant après chaque opération. Les équipements confirment ainsi les réglages demandés, même si cela ne remplace pas une mesure physique de leur luminosité.

Le plus étonnant est que cette erreur s’est reproduite avec le thermostat d’un chauffage d’appoint. Claude affirmait ne pas pouvoir le régler alors que l’outil existait également. J'ai finalement pu arriver à mes fins, mais cette deuxième confusion illustre toutefois une limite agaçante : l’IA peut annoncer qu’une action est impossible alors qu’elle dispose des outils nécessaires.

On peut aussi, et c'est plus technique, poser une question plus complexe comme « Quelle est la température idéale pour la salle de bain afin de prendre ma douche ? » et Claude va vérifier sur le web les recommandations de l'ADEME, puis fixer la bonne température au bon endroit.

J'ai ensuite élargi les autorisations à 17 entités, comprenant notamment des éclairages, du chauffage, l’aspirateur robot et différents capteurs. Claude pouvait consulter davantage d’informations, mais j’ai rapidement rencontré une autre limite. D’ailleurs, ajouter un simple objet ne suffit pas. Il faut ajouter toutes les entités correspondantes, comme l’état de batterie ou l’actionneur, afin d’avoir accès à toutes les options. C’est un réflexe à prendre.

Impossible de lui faire créer directement une scène ou une automatisation avec notre connexion. Lorsque je lui demande de programmer l’allumage des lumières au coucher du soleil, il me fournit du code YAML, un format utilisé par Home Assistant pour définir les règles de fonctionnement de la maison. En clair, Claude me prépare les instructions, mais je dois encore les intégrer moi-même dans le logiciel.

Le MCP officiel ne crééera pas d'automatisation, mais donne la marche à suivre. Décevant... ©Mathieu Grumiaux

Pourquoi pas, mais ce n’était pas vraiment ce que j’attendais. L’IA sait piloter les équipements, sans pour autant savoir reconfigurer la maison avec les outils dont elle dispose ici.

Cette limite n’est toutefois pas celle du protocole MCP lui-même. Home Assistant propose d’autres interfaces que celle d’Assist, tandis que des projets communautaires comme ha-mcp annoncent la création d’automatisations, de scènes et la modification des tableaux de bord. Nous ne les avons pas (encore) testés, et ces possibilités plus étendues peuvent aussi nécessiter des autorisations supplémentaires. Pour cette première incursion, j'ai joué la carte de la sécurité.

Quand l’IA commence à jouer avec la serrure du garage

Jusqu’ici, les conséquences d’une erreur restent relativement anodines. Au pire, les lampes s’allument au mauvais moment. Mais mon installation comporte aussi une serrure connectée, installée sur la porte du garage.

J'ai décidé de l’ajouter aux équipements accessibles pour voir comment Claude se comportait face à une commande plus sensible.

L'assistant reconnaît la serrure, mais ne dispose pas d’un outil spécifiquement prévu pour la verrouiller ou la déverrouiller. Il propose alors d’utiliser une commande générique d’extinction pour tenter de déverrouiller la porte, tout en précisant qu’il ne peut pas garantir le résultat.

Je valide l’opération. Et, à ma surprise, cela fonctionne : Home Assistant indique que la serrure est en cours de déverrouillage, puis qu’elle est déverrouillée. Nous effectuons ensuite l’opération inverse avec une commande d’allumage. J’entends le mécanisme se verrouiller, même si la dernière vérification logicielle indique encore une opération en cours.

Voilà une expérience qui mérite de s’y attarder.

Claude a trouvé une astuce de lui même pour arriver au bon résultat ©Mathieu Grumiaux

Une commande apparemment banale peut produire une action sensible dans le monde réel. Éteindre une ampoule et déverrouiller une porte sont deux opérations très différentes, mais le même type d’outil a permis de les déclencher dans ma configuration. Précision importante : Claude n’a contourné aucune protection. J’avais volontairement autorisé l’accès à cette serrure.

Pour ces essais, j'avais demandé à Claude de solliciter systématiquement mon autorisation avant d’exécuter une commande domotique. L’assistant a respecté cette règle, y compris lorsqu’une demande était ambiguë.

Il ne faut cependant pas confondre cette précaution avec une véritable restriction technique. Une instruction donnée à l’IA ne remplace pas les autorisations définies dans Home Assistant. Son respect pendant quelques essais ne garantit pas qu’elle sera toujours appliquée.

Je n'ajouterais pas avant quelques semaines de test la serrure de ma porte d'entrée, de peur qu'une commande mal comprise n'ouvre ma porte d'entrée à 3h du matin.

La confidentialité mérite également notre attention. Dans cette configuration, les informations nécessaires aux réponses transitent par les services d’Anthropic. L’état des appareils ou les données remontées par les capteurs peuvent révéler certaines de nos habitudes domestiques.

Et quand on apprécie Home Assistant pour son fonctionnement largement local, ce compromis mérite réflexion. L'IA dispose désormais d’une petite fenêtre sur notre maison, à nous de décider jusqu’où nous souhaitons l’ouvrir.

Une maison plus intelligente, ou simplement une nouvelle télécommande ?

Après ces différents essais, je dois avouer que je reste un peu sur ma faim.

Claude sait piloter ma maison, régler plusieurs appareils en une seule instruction et consulter leurs états. Mais, dans les situations testées, il n’a pas démontré de supériorité particulière face à Home Assistant Assist, qui sait déjà assurer les principales commandes du quotidien.

Son intérêt est ailleurs : je peux désormais gérer ma maison depuis l’assistant que j’utilise déjà pour travailler ou rechercher des informations. Plus besoin de sortir mon smartphone ou d’ouvrir Home Assistant pour vérifier une lumière ou modifier un réglage. La domotique devient une fonction supplémentaire de mon environnement de travail.

Claude n’est d’ailleurs pas le seul à pouvoir jouer ce rôle. ChatGPT prend également en charge les connexions MCP, avec des possibilités qui varient selon les abonnements et les interfaces. Je n’ai pas réalisé de comparaison directe permettant d’affirmer que l’un serait plus performant que l'autre.

Pour ma part, je compte conserver Assist pour les commandes courantes et utiliser Claude comme un accès supplémentaire lorsque je suis déjà devant mon ordinateur. C’est pratique, mais clairement pas indispensable. Et si j’apprécie de pouvoir demander à une IA d’éteindre mes lampes sans quitter mon travail, je suis encore loin de lui confier les clés de la maison les yeux fermés.